Interview de président Bruno Aerts
En 2008, Bruno Aerts est devenu directeur diocésain de Caritas Antwerpen. Il y a quatre ans, en 2017, Luc De Geest, alors président de Caritas Vlaanderen, a pris l'initiative de proposer Bruno comme son successeur. En 2021, il a été confirmé à l'unanimité à la présidence pour un nouveau mandat de quatre ans.
Nous souhaitons nous investir davantage dans le réseau Caritas
Bruno : « Caritas Vlaanderen a pour mission première de lutter contre la pauvreté en Flandre. Caritas regroupe les différentes antennes Caritas des cinq diocèses flamands. Chacune d’entre elles fonctionne à sa manière et met l’accent sur des priorités qui lui sont propres. Nous accordons donc une grande importance à l’ancrage local et nous le soutenons. Parallèlement, il existe des initiatives générales qui s’appliquent à l’ensemble de la Flandre, dont les diocèses assurent la mise en œuvre concrète ou apportent un soutien local. L’une de ces actions est, par exemple, l’aide d’urgence proposée par Caritas Vlaanderen, par l’intermédiaire de sa branche opérationnelle Caritas Hulpbetoon, au plus fort de la crise du Covid-19, dans le cadre de laquelle les diocèses pouvaient proposer des projets ayant besoin d’aide.
Notre lien avec l'Église reste important pour nous. Nous sommes une organisation ecclésiastique et non une ASBL au sens strictement civil. Nous nous inspirons d'un message évangélique : nous devons tendre vers une société où chacun est accueilli, sans aucune forme de discrimination. C'est au sein de l'Église catholique romaine que nous mettons en pratique cette attention portée au prochain. Notre homologue, Islamic Relief, une grande organisation musulmane internationale, est en pleine expansion. Le nombre d’organisations humanitaires confessionnelles augmente. Nous sommes catholiques romains et nous nous alignons sur les diocèses et, en dernier ressort, sur Rome.
Nous sommes une organisation d'origine et de nature religieuses. Pour atteindre notre objectif, à savoir la charité et la lutte contre la pauvreté, nous misons sur l'ancrage local de la charité. Nous misons donc fortement sur la coopération, grâce à un réseau dense regroupant de nombreuses organisations « de bonne volonté », y compris des organisations musulmanes et des partenaires neutres.
« Nous collaborons avec des partenaires au sein et en dehors de notre propre organisation. Nous souhaitons maintenir, et si possible renforcer, notre collaboration avec le réseau Caritas, et donc en premier lieu avec Caritas International. »
Nous sommes attentifs à toutes les formes de pauvreté, mais nous allons surtout nous concentrer, au cours des quatre prochaines années, sur la lutte contre la situation des personnes sans domicile fixe.
Bruno : « Nous constatons un problème de société : certaines personnes n’ont pas de domicile fixe, ce qui leur pose des difficultés et en fait un problème pour la société. Nous leur offrons un lieu d’accueil, ce qui constitue une première étape dans leur processus d’intégration au sein de la société. À cette fin, nous coordonnons plusieurs initiatives locales. Il s’agit de projets à petite échelle, tels que le Listening Center à Anvers (une nouvelle formule s’appuyant sur les fondements de l’ancien Housing Café de Caritas International.be), ou encore les maisons de parrainage communautaire à Gand et à Bruges (projets de Caritas International.be auxquels nous participons). À Gand, nous menons avec Caritas Vlaanderen notre initiative d’accueil « Lübecksite » et, à Anvers, notre projet de suivi des adresses de référence pour les personnes itinérantes. Nous avons lancé ces projets en 2020 à la demande de différentes autorités qui reconnaissent notre expertise en la matière. Nous menons ces actions avec eux et pour eux. Ces projets ont donné naissance à de nouveaux partenariats, que nous n’avions pas auparavant, ou du moins pas dans la même mesure, notamment avec les CPAS, les CAW et les services municipaux.
Ces projets sont relativement récents, pertinents sur le plan social, et Caritas Flandre peut y mettre à profit son expertise. Nous nous y engageons pleinement. Nous agissons ainsi dans le cadre de notre mission et en réponse aux enjeux de la société. Car il ne s’agit pas d’un problème ponctuel. À long terme, nous pouvons bel et bien améliorer les conditions de vie de ces personnes. Pour Caritas, c’est là que réside la mission évangélique : redonner de l’espoir aux gens et leur offrir une meilleure qualité de vie pour l’avenir. Chaque petit pas dans la bonne direction est important à cet égard. »
Nous nouons de nouveaux partenariats
Bruno : « Jusqu’à présent, notre collaboration avec les villes et les communes avait une dimension locale. C’est le cas, par exemple, du centre d’accueil Peeterskasteel, où nous coopérons avec la ville de Scherpenheuvel-Zichem sur des questions d’espace, de sécurité, d’accessibilité, etc. Nous avons par exemple pu compter sur la collaboration des autorités locales et des CAW lorsque, pendant la crise du Covid-19, nous avons pris en charge une partie de la distribution de kits d’hygiène aux sans-abri et aux personnes sans domicile fixe. À Anvers, un centre de distribution a ainsi vu le jour à ’t Vlot lors du premier confinement, Caritas Vlaanderen fournissant les kits d’hygiène.
Au niveau politique, nous collaborons régulièrement depuis un certain temps déjà avec les autorités flamandes sur le thème du « logement ». Nous participons à différents groupes de travail où nous contribuons à l’élaboration des politiques. Il en va autrement au niveau opérationnel, où nous collaborons pour la première fois avec la ville de Gand, dans le cadre du projet Lübecksite. Le problème des sans-abri et des personnes sans domicile fixe n’est toutefois pas un problème limité à la ville de Gand. Il s’agit d’un problème global, que nous rencontrons à nouveau dans la gestion des adresses de référence et l’accompagnement de la population itinérante, ce dernier aspect bénéficiant du soutien de la Communauté flamande.
Une nouvelle approche de notre fonctionnement opérationnel, Caritas Hulpbetoon
Bruno : « Dans le cadre des activités de Caritas Hulpbetoon également, le développement de nos fonds de crise nous amène à mettre de plus en plus l’accent sur le niveau décentralisé. Grâce à ces fonds de crise, nous essayons d’apporter un coup de pouce aux personnes qui risquent de passer entre les mailles du filet, afin qu’elles puissent conserver une perspective d’avenir. Pour ce faire, nous collaborons avec d’autres organisations actives sur le terrain, et il nous arrive parfois de recevoir des demandes de la part de villes et de communes concernant des situations individuelles dans lesquelles elles ne peuvent pas intervenir en tant que pouvoirs publics.
La communication autour de notre fonctionnement opérationnel est une nouveauté : nous en faisons la promotion dans Kerk & Leven, FOKUS Nieuwsblad et quelques autres quotidiens et hebdomadaires, afin de remercier les donateurs et de les tenir informés de l’utilisation que nous faisons de leurs dons, mais aussi pour attirer de nouveaux donateurs. Les Fonds de crise sont organisés par diocèse, mais se concertent régulièrement. Nous harmonisons alors leurs politiques. C’est une voie sur laquelle nous souhaitons nous engager davantage à l’avenir : une gestion des Fonds de crise au niveau flamand, avec des règles harmonisées identiques dans chaque diocèse, afin qu’une demande d’aide soit évaluée de la même manière partout.
Ma passion, dans le cadre de nos nouvelles initiatives, réside dans le fait que nous aidons les personnes à trouver un nouveau foyer (par exemple, le site de Lübeck, les adresses de référence). En tant qu’organisation, nous leur souhaitons la bienvenue au sein de la société. Nous voulons prendre des mesures pour améliorer durablement leur situation de vie. Pour ce faire, nous prenons en charge une partie de leurs besoins en matière d’infrastructures, de soins de santé, d’éducation, d’emploi ou d’allocations chômage, etc. Vous n’avez pas idée à quel point on sauve une vie en lui offrant un toit (par exemple, le Couloir humanitaire) ! Ce toit (le logement, ce nouveau « chez-soi ») apporte la paix et la sérénité nécessaires, malgré les traumatismes vécus par ces personnes, pour aborder des sujets tels que l’école, la langue, le travail, la mutuelle, la sécurité sociale… Nous connaissons ainsi un homme qui a commencé, de sa propre initiative, à nous rembourser dès qu’il a trouvé du travail, même s’il aurait bien pu avoir besoin de cet argent pour lui-même. Une société n’est une société que si chacun y a sa place. Le fait que des personnes soient laissées pour compte est problématique et, à mon avis, cela devient de plus en plus problématique. C’est pourquoi je suis animée par la volonté d’aider les personnes qui viennent nous demander un petit coup de pouce, afin qu’elles puissent ensuite reprendre leur vie en main et trouver leur place dans notre société. »