Interview de Piet Vandevoorde, nouveau président de Caritas Hulpbetoon Vlaanderen

Piet Vandevoorde est délégué épiscopal pour la diaconie au sein du diocèse de Bruges et, à ce titre, il est actif depuis longtemps au sein de Caritas Hulpbetoon Vlaanderen en tant que vice-président. Mais depuis mars, il élargit ses responsabilités au sein de notre organisation en tant que nouveau président.

Nous avons discuté avec Piet de ses ambitions pour Caritas Hulpbetoon Vlaanderen, des défis liés à la lutte contre la pauvreté et du rôle que Caritas souhaite jouer aujourd’hui dans la société.

Écoutez l’interview complète (en néerlandais):

En tant que président, qu'espérez-vous accomplir dans les années à venir ? Selon vous, quels sont les principaux défis auxquels Caritas Hulpbetoon Vlaanderen doit faire face ?

Piet Vandevoorde: « Le premier grand défi consiste à développer davantage les domaines dans lesquels nous excellons. Nous mettons l’accent sur la lutte contre la pauvreté, mais en tant qu’organisation ecclésiastique. Nous ne sommes pas une ONG, mais nous examinons les besoins de notre société à la lumière de l’Évangile et cherchons où nous pouvons être utiles. À une époque où l’attention portée aux personnes vulnérables ne va pas de soi, nous devons nous y consacrer sans relâche.

Par ailleurs, Caritas jouit d’une notoriété relativement faible, comme le montrent également des études récentes. Avec les administrateurs et les collaborateurs de Caritas Hulpbetoon Vlaanderen, je souhaite changer cela. Nous n’avons pas besoin de mener des campagnes en permanence, mais une action ciblée au bon moment peut faire la différence. Le bien que nous faisons a le droit d’être connu.

En tant que délégué épiscopal, je souhaite contribuer à une communauté ecclésiale au service de la société, en particulier des plus vulnérables. Au-delà de toutes les analyses et décisions, le service doit s’exercer au niveau local, au plus près des gens. J’espère donc également renforcer notre ancrage local.

Je suis convaincu que notre action Caritas peut donner une image nouvelle, moderne et surtout solidaire de la communauté ecclésiale. Une Église qui sort de ses murs, qui va vers les périphéries et qui ose se salir les mains. J’ai récemment appris qu’une certaine ASBL hésitait à nous soumettre un projet. Certains d’entre eux craignent en effet le caractère "ecclésiastique" de Caritas. Il n’est pas étonnant qu’ils perçoivent cela comme un obstacle. C’est pourquoi il est important de montrer que nous sommes avant tout une communauté de foi qui souhaite servir les gens.

Pour conclure, je souhaite que nous gardions l’esprit ouvert envers la famille Caritas internationale. Nous ne collaborons pas en permanence, mais leurs récits, leur courage et leurs bonnes pratiques peuvent nous inspirer. »

Quels aspects des années précédentes souhaitez-vous poursuivre ? Quels sont les points forts de Caritas Hulpbetoon Vlaanderen ?

Piet : « Caritas a pour vocation première de lutter contre la pauvreté et a déjà eu un impact grâce à divers projets. Ces projets sont menés au niveau local et doivent être encore renforcés.

Nous étudions également les possibilités de louer ou d’acheter des logements pour des groupes cibles spécifiques, souvent des personnes qui ne reçoivent pas (ou plus) suffisamment d’aide de la part des pouvoirs publics. En période d’austérité, le secteur social est souvent la première ou la plus grande victime des décisions gouvernementales. Au niveau local, nous devons chercher comment redonner des perspectives aux gens.

Nous nous concentrons également sur l'aide d'urgence, comme l'aide hivernale : la distribution de produits de première nécessité, notamment des sacs de couchage, des kits d'hygiène et des sous-vêtements thermiques. Cela inclut également le soutien aux initiatives visant à lutter contre la solitude pendant la période hivernale. Je pense par exemple à un projet en Flandre occidentale qui rassemble les gens de manière accessible pour une fête de Noël ou pour célébrer ensemble le Nouvel An. C'est tout près de chez nous et cela doit absolument être préservé.

Les fonds d'urgence constituent également un atout majeur de Caritas. Grâce à des montants relativement modestes, nous pouvons servir de levier pour ceux qui souhaitent reprendre leur vie en main. Cette action prend de l'ampleur, mais pourrait gagner en visibilité si nous sollicitions davantage de partenaires susceptibles d'orienter des personnes vers Caritas. De nombreuses personnes en situation de crise qui pourraient bénéficier de notre aide ne nous connaissent pas encore.

Unir nos forces avec d'autres organisations Caritas nous aide à notre tour à détecter de nouveaux besoins. Ainsi, malgré des moyens limités, nous pouvons tout de même venir en aide à de nombreuses personnes vulnérables. Notre collaboration avec Caritas International s'inscrit dans une longue histoire. Nous devons continuer à croire en cette histoire et à y investir. »

Comment comptez-vous renforcer la collaboration avec les paroisses locales et avec les partenaires ?

Piet : « Caritas Hulpbetoon Vlaanderen est présente dans les diocèses flamands et collaborera également avec ses collègues francophones. Mais il reste encore du travail à faire pour mieux informer les communautés religieuses locales et les partenaires sur les activités de Caritas. La collaboration peut renforcer les projets locaux et les rendre plus durables. Certaines initiatives naissent de besoins concrets, mais se heurtent parfois à leurs limites. Caritas peut aider à soutenir ces projets sur le long terme.

Notre objectif reste de promouvoir une « mentalité diaconale ». Un esprit de service. Un évêque français a dit un jour : « Si l’Église ne sert pas, elle ne sert à rien. » Cette déclaration doit nous tenir éveillés. »

Comment comptez-vous renforcer davantage l'image publique et la voix de Caritas Hulpbetoon Vlaanderen ?

Piet : « Nous devons nous exprimer à travers un discours contemporain sur ce qu’est exactement la pauvreté. Il est important de souligner que la pauvreté revêt de multiples facettes et qu’elle n’est pas uniquement une question financière. Le pape Léon XIV a publié l’année dernière un document dans lequel il explique, en s’appuyant sur la Bible ainsi que sur l’histoire et la tradition de l’Église, pourquoi celle-ci doit se préoccuper des personnes en situation de pauvreté.

Le manque de ressources, l’exclusion sociale ou culturelle et le fait de ne pas pouvoir exercer ses droits relèvent tous de la pauvreté. Cela touche à la dignité humaine. Caritas doit faire entendre sa voix et souligner que la pauvreté ne peut être réduite à des problèmes d’argent. Il s’agit de l’être humain dans sa globalité. Notre action en est le reflet. Nous nous concentrons sur divers groupes vulnérables, tels que les femmes en situation de vulnérabilité, les sans-abri, les anciens détenus et les personnes souffrant de problèmes de dépendance. Cela montre clairement que la pauvreté est aujourd’hui une situation complexe à laquelle nous ne devons pas fermer les yeux. »

Quelles valeurs fondamentales souhaites-tu mettre particulièrement en avant pendant ta présidence ?

Piet : « Le respect de la dignité humaine est au cœur de notre mission en tant qu'organisation ecclésiastique. Nous n'existons pas pour nous-mêmes, mais pour et avec les personnes avec lesquelles nous travaillons. Il ne s'agit pas de faire les choses à la place des gens, mais de cheminer ensemble. La charité n'est pas une voie à sens unique, mais une quête commune d'espoir, d'avenir et de dignité humaine.

La solidarité reste également une valeur fondamentale. Dans une société néolibérale qui mise fortement sur la responsabilité individuelle, nous devons continuer à souligner que personne ne doit être laissé pour compte. »

Pourquoi Caritas Hulpbetoon Vlaanderen est-elle nécessaire dans notre société actuelle ?

Piet : « Parce que la pauvreté existe aussi dans un pays prospère et que nous ne devons pas y rester indifférents. Le pape François a parlé d’une mondialisation de l’indifférence. Nous avons besoin de Caritas pour nous rappeler qu’il y a des personnes en situation de pauvreté parmi nous.

De plus, toute société a besoin d’organisations qui placent la solidarité et l’humanité au centre de leurs préoccupations et qui vont à contre-courant. C’est un grand mot, mais Caritas doit continuer à être l’une de ces voix « prophétiques ». Il est de notre devoir de maintenir vivant le rêve d’une société plus juste et plus humaine, et de continuer à affirmer qu’il peut en être autrement. »

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